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A quel genre de difficultés les personnes suivies par AACTS sont-elles davantage confrontées?

Les principales difficultés rencontrées par les personnes qui sollicitent les prestations d’AACTS sont une grande précarité économique et sociale (faible revenu, non emploi, absence de logement, solitude, etc.), des situations d’addiction, des problématiques psychiatriques, des problèmes juridiques et administratifs

Au cours de ces dernières années, avez-vous observé un changement de leur «profil-type»?

Nous avons constaté trois grandes tendances : une augmentation du nombre des personnes en souffrance psychique, un plus grand niveau de précarité (notamment par une crispation des marchés de l’emploi et du logement), une complexification de leur situation ainsi qu’une grande diversification des produits psychotropes consommés et des modes de consommation.

Les parents d’enfants touchés par des problèmes d’addiction ont-ils spontanément recours à votre appui?

Oui. Le premier contact se fait par téléphone. Nous écoutons les parents et leurs donnons de l’information. Puis, soit nous les orientons vers les services appropriés soit nous les rencontrons à AACTS ou à l’extérieur pour un accompagnement socioéducatif ciblé et de courte durée. Il arrive parfois que des parents nous contactent suite à nos interventions de sensibilisation auprès des élèves et de leurs proches.

Quelles sont leurs principales interrogations ?

Ils expriment leurs craintes et leur sentiment d’impuissance face à des situations de consommation et/ou des comportements préoccupants de leurs enfants. Leur demande centrale est de pouvoir agir comme parents sans casser la relation avec leurs enfants. Un besoin de comprendre et d’être informés accompagne majoritairement leur demande de soutien dans leur rôle de parents.

Qui vous sollicite le plus et vers qui
vous tournez-vous majoritairement au sein
du réseau de la Riviera ?

Les sollicitations vont dans les deux sens : nous mettons notre expertise au service des collègues d’autres structures et nous comptons sur leurs compétences pour offrir des réponses adaptées aux situations rencontrées. Nous collaborons à des degrés divers avec l’ensemble des partenaires des institutions médicales, sociales et administratives. Nous entretenons, par les profils des personnes accompagnées à AACTS, des relations plus étroites avec les CSI de Vevey et de Montreux, avec l’UAS et l’hôpital psychiatrique de Nant, avec les médecins de la région, les travailleurs sociaux de GinkGo, l’unité de prévention de la Police Riviera, les instances politiques locales ainsi qu’avec les écoles secondaires et professionnelles du canton.

Les collaborations vont-elles au-delà de la région?

Oui, bien que très enracinés sur la Riviera, nos mandats sont régionaux, cantonaux et fédéraux, ainsi nous sommes naturellement amenés à collaborer sur un territoire très large.

On parle souvent d’accueil de type «bas seuil» ; pourriez-vous le définir?

Aujourd’hui, nous parlons à AACTS davantage de « seuil adapté » pour exprimer la capacité d’accompagner la personne dans son projet en fonction de ses ressources et compétences. En effet, l’idée du « bas seuil » est de souligner que le seuil d’accès au centre d’accueil, à ses prestations, est quasiment sans condition, il est facilité en opposition à des structures dites « haut seuil », où la personne doit remplir un certain nombre de conditions pour prétendre y rentrer. En fait, nous avons des conditions minimales de vie en groupe : pas de produits psychotropes, ni de deal dans la maison et pas de violences sous quelque forme que ce soit. Nous accueillons toute personne qui pense avoir besoin d’une façon ou d’une autre de nos services. Il peut arriver que nos prestations ne correspondent pas ou plus aux attentes d’une personne ; dans ce cas nous l’orientons rapidement vers des structures plus adaptées à ses besoins. Pour les personnes souffrant d’addiction, notre travail vise à la compréhension et à la stabilisation de leur situation, puis après étayage, à l’autonomisation et la ré/insertion sociale voire professionnelle. Pour ce faire, nous participons au Dispositif Cantonal d’Indication et de Suivi (DCIS), lequel permet aux bénéficiaires d’AACTS, entre autres, d’entrer dans les structures résidentielles du canton et d’entamer un traitement de fond.

Existe-t-il une formation spécifique aux problèmes d’addiction pour les travailleurs sociaux?

Oui, depuis plusieurs années, il en existe en Suisse romande et elles ne s’adressent pas seulement aux travailleurs sociaux mais à un plus large public. Dans le domaine social, des institutions comme le GREA ou la FORDD offrent respectivement des formations brèves et un CAS (certificat d’études avancées) en addictions.

AACTS est passée en 2012 d’association
à fondation; pourquoi ce choix?

Il s’agit pour nous d’adapter la forme juridique de notre institution à sa réalité. La forme associative sous-tend la présence forte de membres actifs. Dans le cas d’ACT, depuis plusieurs années, les membres individuels se font rares et ce sont les collectivités publiques et institutionnelles qui se mobilisaient lors de nos assemblées générales. Le mode associatif n’est donc plus adéquat. Par ailleurs, la nouvelle forme juridique permettra à AACTS d’accroître sa visibilité et sa crédibilité auprès des mandataires et financeurs, ainsi que sa capacité d’adaptation et de réactivité par un fonctionnement de prise de décision interne plus rapide et réactif.

De ACT à AACTS, l’action communautaire reste ancrée dans vos missions mais apparaissent les termes «addiction» et «travail social». Pouvez-vous nous expliquer cette évolution?

Nous mettons en avant la notion d’addiction, car ce terme dépasse la question de la toxicomanie (abus et/ou dépendance de drogues illégales). Elle correspond mieux à la réalité des personnes que nous rencontrons. Comme pour beaucoup de professionnels, nous comprenons l’addiction comme la perte de l’autonomie de l’individu. Cette perte peut être la conséquence de la consommation problématique de produits psychoactifs (légaux et / ou illégaux) ou d’un comportement que l’individu ne peut maîtriser (jeux, web, achats compulsifs, etc.). L’addiction met également en exergue la souffrance de la personne et les changements de son rapport au monde. C’est bien là une des cibles de notre travail quotidien.

Le travail social est notre domaine d’activité et nous positionne en complémentarité avec, entre autres, les services sociaux étatiques. Il faut préciser que la réalité des populations accueillies à AACTS est principalement celle de la précarité sociale, cause et/ou conséquence de l’addiction. En réponse à cette problématique très vaste, les équipes successives se sont professionnalisées et le travail social demeure un élément incontournable de notre institution de par sa capacité à la mise en relation de la personne avec elle-même et avec son entourage.

 

pour plus de détails : http://www.aacts.ch/wp/?p=35